Fonds en euros : le retour en grâce d'un placement longtemps délaissé
Après plusieurs années de rendements décevants, les fonds en euros retrouvent leur attractivité. En 2025, leur rémunération moyenne atteint 2,65 %, dépassant celle du Livret A et offrant aux épargnants un gain réel de pouvoir d'achat. Un retournement qui redessine la hiérarchie des placements sécurisés.
Il y a encore deux ans, les fonds en euros faisaient figure de placement délaissé. Coincés sous la barre des 2 %, ils peinaient à rivaliser avec un Livret A dopé par la poussée inflationniste. En 2025, la donne a radicalement changé. Le régulateur des assurances (ACPT) a publié un rendement moyen de 2,65 % net de frais de gestion pour ces supports, qui constituent la poche sécurisée des contrats d'assurance-vie. Un chiffre qui marque un tournant dans la hiérarchie des placements sans risque et qui explique en grande partie le retour massif des épargnants vers ce produit.
Pour bien saisir ce que représente ce chiffre, il faut rappeler ce qu'est un fonds en euros. Dans un contrat d'assurance-vie, l'épargnant peut choisir entre deux grandes familles de supports. D'un côté, les unités de compte, investies sur les marchés financiers, potentiellement plus rémunératrices sur le long terme mais sans aucune garantie sur le capital. De l'autre, les fonds en euros, où le capital est intégralement garanti par l'assureur, qui place l'essentiel des sommes collectées en obligations souveraines et en titres de dette d'entreprises de bonne qualité. C'est cette seconde option, réputée prudente et rassurante, qui affiche aujourd'hui un retour en forme spectaculaire.
Un rendement qui surclasse désormais les livrets bancaires
Le contexte macroéconomique explique largement ce regain d'intérêt. Depuis août 2025, le taux du Livret A a été ramené à 1,70 %, puis à 1,50 % au début de l'année 2026, suivant mécaniquement le recul de l'inflation. Les comptes à terme, qui avaient profité de la remontée rapide des taux directeurs en 2022-2023, voient eux aussi leur rémunération s'effriter à mesure que les banques centrales assouplissent leur politique monétaire. Dans ce paysage, un fonds en euros à 2,65 % se retrouve en tête du classement des placements sans risque, une situation inédite depuis plusieurs années.
L'argument devient encore plus convaincant si l'on raisonne en termes réels. Avec une inflation revenue à des niveaux modérés en 2025, autour de 0,9 %, le rendement net d'inflation des fonds en euros avoisine 1,75 %. Autrement dit, l'épargnant ne se contente pas de préserver la valeur de son argent : il accroît véritablement son pouvoir d'achat, ce qui n'avait plus été le cas entre 2021 et 2023, quand la hausse des prix dépassait largement la rémunération servie par les assureurs.
Cette dynamique s'est traduite de façon très concrète dans les flux d'épargne. La collecte nette de l'assurance-vie, c'est-à-dire la différence entre les sommes versées par les épargnants et celles qu'ils retirent, a atteint un niveau exceptionnel de 44 milliards d'euros sur l'ensemble de l'année 2025. Ce montant représente pratiquement le double de l'exercice précédent et constitue le meilleur résultat observé depuis 2011. Dans le même temps, les dépôts bancaires classiques, notamment les livrets ordinaires et les comptes sur livret, ont enregistré des sorties nettes, signe que les ménages ont procédé à un arbitrage délibéré en faveur de l'assurance-vie.
Les épargnants ont massivement réorienté leurs flux
Au-delà de la seule rémunération, l'assurance-vie conserve un avantage structurel de taille : sa fiscalité. Passé un délai de détention de huit ans, les gains bénéficient d'un régime d'imposition allégé assorti d'abattements annuels, ce qui améliore significativement le rendement net perçu par l'épargnant.
Combinée à la garantie du capital offerte par les fonds en euros, cette caractéristique en fait un outil particulièrement adapté pour ceux qui privilégient la sécurité sans vouloir renoncer à une rémunération décente. Pour beaucoup de Français, elle reste aussi un véhicule de transmission patrimoniale avantageux, grâce à des exonérations spécifiques en matière de droits de succession.
Le message qui se dégage de l'année écoulée est donc assez limpide. Dans un environnement où les taux des livrets réglementés reculent et où l'inflation reflue, les fonds en euros ont reconquis leur place dans la panoplie de l'épargnant prudent. Un retournement qui pourrait se prolonger tant que les conditions de marché resteront favorables aux portefeuilles obligataires des assureurs, même si les experts rappellent qu'un éventuel rebond de l'inflation ou un choc sur les marchés obligataires pourrait modifier l'équation.

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