Or : le métal jaune rebondit, mais reste en repli de 4,3 % depuis janvier

Après quatre mois de décrochage, l'or a repris plus de 4 % le 6 août sur l'espoir d'un accord entre Washington et Téhéran. Un sursaut qui résume l'équation du moment : un marché sous pression monétaire, mais soutenu en profondeur par les achats des banques centrales et le basculement de la demande physique vers l'Asie.
 

Le 6 août au matin, l'once d'or a bondi de 4,31 % à 4 253,70 dollars, son plus haut niveau depuis la mi-juin. Trois facteurs se sont conjugués en vingt-quatre heures : l'espoir d'un accord entre les États-Unis et l'Iran sur la réouverture du détroit d'Ormuz, un dollar en retrait à 1,1549 dollar pour un euro, et des créations d'emplois privés décevantes en juillet aux États-Unis. Ce dernier point a conduit les investisseurs à réviser leurs anticipations de hausse des taux et à revenir sur les métaux précieux.
 

Ce rebond ne doit pas masquer la tendance de fond. Sur le mois de juillet, le cours a terminé à 3 512 euros l'once, en léger repli de 0,58 %, portant la performance depuis le début de l'année à -4,31 %. Le métal jaune continue donc de sous-performer les marchés actions : sur la même période, le CAC 40 a gagné 1,26 % en juillet et affiche 4,42 % de progression annuelle, hors dividendes. Pour un épargnant qui aurait arbitré vers l'or en début d'année dans une logique de protection, le coût d'opportunité est réel.
 

Un mois de juillet à deux temps
Le comportement du cours en juillet illustre bien la mécanique qui gouverne aujourd'hui le marché de l'or : ce n'est pas la géopolitique qui commande, c'est la politique monétaire. La première quinzaine a été dominée par une nouvelle escalade militaire entre les États-Unis et l'Iran. Contre toute intuition, cette tension n'a pas soutenu l'or : la flambée du pétrole qu'elle a provoquée a surtout alimenté les anticipations d'inflation, donc celles d'un maintien des taux élevés — un environnement défavorable à un actif qui ne verse aucun revenu.
Le mouvement s'est inversé à partir de la mi-juillet, quand des données d'inflation américaine plus modérées qu'attendu, sur le CPI comme sur le PCE, ont renforcé les anticipations d'assouplissement monétaire. Le 29 juillet, la Réserve fédérale a confirmé le statu quo sur ses taux avec un discours jugé moins restrictif, permettant une stabilisation du cours en fin de mois. La leçon vaut d'être retenue par les particuliers : à horizon de quelques mois, l'or réagit davantage aux taux réels qu'aux gros titres géopolitiques.
 

Ce va-et-vient explique aussi pourquoi l'or déçoit une partie des épargnants français qui s'y sont exposés récemment. Le cours en euros a été doublement pénalisé : par le repli du métal en dollars, et par la fermeté de la devise européenne, qui rogne mécaniquement la performance d'un actif coté à New York et à Londres. Une couverture de change existe sur certains supports papier, pas sur les pièces et lingots détenus en direct — une différence de traitement rarement expliquée au moment de l'achat.
 

Les banques centrales et l'Asie tiennent le marché
Sous les fluctuations de court terme, la demande structurelle ne faiblit pas. Les banques centrales restent les acheteurs les plus constants : la Pologne a accumulé 19 tonnes en juin, consolidant son statut de premier acheteur officiel depuis le début de l'année avec 82 tonnes supplémentaires. La banque centrale de Chine a ajouté 14 tonnes à ses réserves et la Banque de Corée a annoncé vouloir renforcer les siennes. Fait plus inattendu, la société de cryptomonnaies Tether a acquis 14 tonnes au deuxième trimestre — signe que de nouveaux acteurs viennent élargir la base de la demande physique.
 

Le centre de gravité du marché, lui, bascule vers l'Asie. Les importations d'or à Hong Kong ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de dix ans, avec des importations nettes vers la Chine qui ont plus que doublé sur un an, à 50,7 tonnes en juin. Le lancement, le 7 juillet, d'un nouveau système centralisé de compensation des transactions à Hong Kong confirme l'ambition de Pékin de ravir à Londres sa place de hub mondial du négoce de l'or. Un déplacement de la liquidité qui, à terme, pourrait modifier la formation des prix pour l'ensemble des détenteurs, particuliers compris.
 

Une anecdote pour finir, qui dit quelque chose de la période. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a annoncé l'édition de pièces de un dollar à l'effigie du président Trump, à l'occasion du 250e anniversaire de l'indépendance américaine. Outre la polémique sur la tradition américaine qui veut que les billets et pièces ne représentent pas un président en exercice, l'ironie est ailleurs : cette pièce dite « en or » est composée d'environ 90 % de cuivre, le reste étant du zinc, du manganèse et du nickel. Pas un gramme d'or. Un rappel utile, à l'heure où l'or physique attire de nouveaux épargnants, que la couleur d'une pièce ne dit rien de son contenu — et que seule la cotation au poids de métal fin fait foi.