Livret A : un projet de plafond à 30 000 euros, au service du climat

La ministre de la Transition écologique évoque un relèvement du plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros pour financer l’adaptation au changement climatique. Le Cercle de l’Épargne rappelle ce que la dernière hausse, en 2012-2013, avait produit : une ruée sur le livret, et des arbitrages coûteux pour l’assurance vie comme pour les banques.
 

Le chiffre circule depuis quelques jours du côté de l’hôtel de Roquelaure : 30 000 euros. Chargée par le Premier ministre Sébastien Lecornu de présenter d’ici à la fin septembre un plan de financement sur cinq ans, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a évoqué la possibilité de porter le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros. La Caisse des Dépôts aurait réservé un accueil favorable à l’idée, selon le Cercle de l’Épargne. 

 

Matignon et Bercy doivent encore trancher.
L’objectif est simple : gonfler la ressource du Fonds d’épargne, qui centralise 60 % des dépôts du Livret A, pour prêter davantage et plus longtemps aux collectivités. Rénovation des écoles et des bâtiments publics face aux fortes chaleurs, infrastructures d’eau, prévention des incendies, protection contre les risques climatiques : la liste des chantiers est longue. Fin 2025, le Fonds d’épargne gérait 453,3 milliards d’euros et affichait 244,9 milliards d’euros d’encours de prêts. Sur les 41,7 milliards prêtés en 2025, 15,7 milliards allaient déjà à la transformation écologique.
 

Un plafond gelé depuis 2013
Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, replace la proposition dans une histoire longue. Fixé à 15 000 francs en 1966, le plafond a été relevé à de nombreuses reprises dans les années 1970 et 1980, jusqu’à 100 000 francs au 1er novembre 1991, à l’époque pour financer le logement locatif social. Le passage à l’euro l’a converti à 15 300 euros en 2002. Il n’a bougé ensuite qu’en 2012, quand François Hollande a tenu sa promesse de campagne en deux temps : 19 125 euros au 1er octobre 2012, puis 22 950 euros au 1er janvier 2013, soit 50 % de hausse en trois mois. Passer aujourd’hui à 30 000 euros représenterait 30,7 % de plus.
 

Depuis 2013, aucune indexation. Or l’indice des prix de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) est passé de 83,21 en 2013 à 100 en 2025, un peu plus de 20 % de hausse. Conserver le plafond de 2013 en euros constants l’aurait porté à environ 27 600 euros. Vu sous cet angle, note le Cercle de l’Épargne, un plafond à 30 000 euros constitue une augmentation réelle mais modeste.
 

La leçon de 2012 : le plafond pèse plus que le taux
Que se passerait-il ? L’épisode de 2012-2013 sert de boussole. Cette année-là, la collecte nette du Livret A avait atteint 28,16 milliards d’euros, contre 17,38 milliards en 2011. En ajoutant le LDD (livret de développement durable), dont le plafond avait été doublé en parallèle, les deux produits avaient engrangé près de 49,2 milliards d’euros. Le seul mois d’octobre 2012 avait vu affluer plus de 21 milliards, et le mouvement s’était prolongé début 2013 : 21 milliards sur les quatre premiers mois selon la Banque de France, 12,14 milliards de collecte nette sur l’année pour le seul Livret A.
 

Plus instructif encore : au premier trimestre 2013, la collecte était restée forte alors que la rémunération du livret venait de tomber de 2,25 % à 1,75 %. Elle ne s’est retournée qu’après la baisse à 1,25 % en août. Autrement dit, la hausse du plafond avait eu, à court terme, plus d’effet que le taux. Aujourd’hui, le Livret A rapporte 1,7 %, quand les fonds en euros de l’assurance vie sont attendus entre 2,8 % et 2,9 % pour 2026.
 

D’où vient l’argent dans ces moments-là ? En 2012-2013, les ménages avaient puisé dans leurs comptes courants, leurs livrets bancaires fiscalisés et leur assurance vie. Le Conseil des prélèvements obligatoires avait relevé la coïncidence entre la collecte record du Livret A et la décollecte de l’assurance vie, même si celle-ci tenait d’abord à la crise des dettes souveraines. Le gisement existe : selon la Banque de France, 15 % des Livrets A dépassaient déjà le plafond en 2025, et ces livrets concentraient 47 % de l’encours total. Le Cercle de l’Épargne chiffre le potentiel à 10 milliards d’euros d’encours supplémentaires.
 

Le revers, c’est un manque à gagner fiscal pour l’État, variable selon l’origine des fonds, et une ressource en moins pour les banques, qui verraient une partie des livrets fiscalisés et des comptes à terme migrer. Philippe Crevel pointe aussi une contradiction : la France et la Commission européenne veulent orienter l’épargne vers le financement long des entreprises, via l’assurance vie, le PEA (plan d’épargne en actions) ou le PER (plan d’épargne retraite). 

 

Doper l’épargne réglementée va dans l’autre sens. Et le Fonds d’épargne disposait déjà, fin 2025, de plus de 200 milliards d’euros d’actifs financiers à côté de ses prêts. Le financement de l’adaptation climatique, conclut Philippe Crevel, bute moins sur le volume d’épargne disponible que sur l’identification de projets rentables.